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Hommage à René Mertzig

Termine:

Mittwoch, 17. März 2010, 20:00 Uhr; Philharmonie Luxembourg - Salle de musique de chambre

Programme du concert

Charles Ives : Trio for Violin, Violoncello and Piano 
Guy Wagner : Laudatio sur l'oeuvre de René Mertzig, compositeur luxembourgeois 
René Mertzig : Trio n°1 en mi majeur 
Vania Lecuit (violon) 
Henri Foehr (violoncelle) 
Martine Schaack (piano)
 
Tickets en vente: 15&euro; (< 27 ans: 9&euro;) - Philharmonie - (+352) 26 32 26 32

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René Mertzig

A la découverte des trios à clavier de René Mertzig...

En feuilletant la partition du 1er trio en mi de René Mertzig, le lecteur se voit transporté en arrière dans le temps. A d&rsquo;autres occasions, il a déjà rencontré cette écriture fine, fugace mais propre de la partition manuscrite qu&rsquo;il a sous les yeux. Ce n&rsquo;est pas celle du compositeur; il la reconnaît comme étant celle du bibliothécaire-copiste de l&rsquo;Orchestre Symphonique de RTL de l&rsquo;époque, Jean Bassing. Un temps où n&rsquo;existaient ni photocopieuses, ni logiciels d&rsquo;écriture musicale et où le valeureux copiste, de sa plume calligraphique, jetait en un clin d&rsquo;oeil des oeuvres entières sur papier. Depuis, bien sûr, des copies ont été tirées du manuscrit original, ont passé d&rsquo;une main à l&rsquo;autre et, au fur et à mesure, l&rsquo;ouvrage de Monsieur Bassing a été quelque peu enseveli sous des strates de doigtés et d&rsquo;annotations. La plupart du temps, on ne sait rien de leurs auteurs, ni de leur bien-fondé. Et même si on contemple avec une émotion certaine ce concentré du travail de nos aînés sur le texte, on se prend à rêver d&rsquo;une édition imprimée fiable qui assurerait un accès plus facile ainsi qu&rsquo;une diffusion plus large à ce chef-d&rsquo;oeuvre de notre patrimoine.

En déchiffrant ensuite ce trio datant de 1951, le musicien est frappé par sa facture &ldquo;patchwork&rdquo;: le premier mouvement ouvre sur un thème pentatonique qui n&rsquo;est pas sans rappeler la musique chinoise (dans la réexposition cette &ldquo;chinoiserie&rdquo; sera plus patente encore, presque caricaturale). Il enchaîne sur un second sujet bucolique. Plus loin le caractère incongru et grotesque d&rsquo;un dialogue en pizzicato de violon et violoncelle contribue à l&rsquo;impression de &ldquo;rapiéçage&rdquo; (bien sûr sans la connotation péjorative du terme!). Mais c&rsquo;est la citation de la fameuse chanson Marlbrough s&rsquo;en va-t-en guerre qui nous interpelle particulièrement: le caractère allègre et moqueur de la chanson reçoit un bémol final (au sens propre comme au figuré) pour terminer en si bémol mineur.

Malbrough s&#039;en va-t-en guerre 
ne sait quand reviendra

Chinoiseries, Marlbrough ? Le compositeur aurait-il fait allusion à des évènements qui agitèrent la société luxembourgeoise de l&rsquo;époque, à savoir l&rsquo;engagement de volontaires luxembourgeois dans la guerre de Corée (1950-1953)? Ou, plus prosaïquement, aurait-il cité D&rsquo;Meedche vu Götzen avec sa mélodie identique? Nous n&rsquo;en saurons rien. Les quelques publications consultées à la BNL nous renseignent sur la vie professionnelle et sur la production de Mertzig, mais très peu sur l&rsquo;homme et ses idées.

Le mouvement lent, de dimension considérable, a une facture conventionnelle mais pleine d&rsquo;atmosphère: un thème de huit mesures, d&rsquo;abord présenté par le violoncelle seul est ensuite repris par le violon (sur un accompagnement en pizzicato du violoncelle) et par le piano, qui en donne une version richement harmonisée et chromatisée. Par la suite, le discours se fait tour à tour tendre (sans pour autant verser dans la mièvrerie) ou violent (dans les emportements du piano vers la fin du mouvement) et finalement, les trois instruments chantent le thème à l&rsquo;unisson.

L&rsquo;impression de &ldquo;patchwork&rdquo; revient également au troisième mouvement avec l&rsquo;apparition inopinée d&rsquo;un intermède hispanisant rappelant Asturias d&rsquo;Isaac Albeniz et d&rsquo;un thème évoquant Tzigane de Ravel - des réminiscences qui nous plongent dans la mythologie personnelle du compositeur, admirateur notoire de Ravel, Debussy et de Falla.

Malgré son matériau hétéroclite, le Trio en mi ne se désagrège pas. On sent la &ldquo;patte&rdquo; d&rsquo;un compositeur-interprète qui connaît son métier. Et on ne prendra que modérément au sérieux la formule à l&rsquo;emporte-pièce de Mertzig qui, dans un entretien, déclarait: &ldquo;Komposition soll man nicht zu gründlich lernen, sonst kann dieses Studium später zur seriösen Bremse werden.&rdquo; (Roger Spautz, 1980)

Sans doute revendiquait-il par là sa spécificité et son indépendance par rapport à toutes les chapelles, fussent d&rsquo;elles d&rsquo;avant-garde ou autres. Le style personnel de René Mertzig touche véritablement à son apogée dans le 2e trio en la, écrit en 1955 (la partition manuscrite, copiée cette fois-ci de la main du compositeur, mentionne: Fin 6 octobre 1955. Le compositeur était alors âgé de 44 ans.

Quitte à y retrouver des éléments qui nous sont désormais familiers: ostinati rythmiques dans les mouvements rapides, lyrisme (basculant souvent dans le tragique) du mouvement lent, hispanismes (p.ex. les incantations rauques du flamenco que l&rsquo;on croit reconnaître dans le premier mouvement) &ndash; quitte, donc, à y retrouver ces éléments que nous connaissons de son aîné, le 2e trio est encore plus homogène, plus efficace que le premier. Avec le quatuor à cordes de 1961, il s&rsquo;agit très certainement du sommet de l&rsquo;art chambriste de René Mertzig. Et il n&rsquo;est guère étonnant que ce soit une des oeuvres luxembourgeoises les plus jouées.

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De g. à d.: Vania Lecuit, Martine Schaack, Henri Foehr

René Mertzig a lui-même participé comme pianiste à la création de ses deux trios. Celle du premier fut assurée par le Trio luxembourgeois (Carlo Kaufhold, violon; Camille Beicht, violoncelle et René Mertzig, piano), celle du second par le trio Jean Audoli, violon; Sebastian Baer, violoncelle et René Mertzig, piano. Des enregistrements de ces deux oeuvres ont été réalisés par cette dernière formation, dont un (le trio en la) est disponible dans le commerce. Préparant une production avec les trios de René Mertzig, nous aurions été négligents et présomptueux de ne pas les prendre en compte. Si les standards anachroniques des techniques d&rsquo;enregistrement d&rsquo;antan à eux seuls justifient le présent enregistrement, le panache des interprétations de nos aînés force l&rsquo;admiration. Et il est toujours intéressant de constater quelles licences les compositeurs prennent avec leurs propres oeuvres...

Nous sommes partis à la découverte des trios de René Mertzig et nous avons fait connaissance avec le riche univers artistique d&rsquo;un musicien modeste et secret. Puisse cette production contribuer, à la veille du 100e anniversaire du compositeur, à mieux faire connaître ce pionnier de la vie musicale luxembourgeoise.

Henri Foehr

bibliographie: 
Léon Blasen Lëtzebuerger Komponisten Lëtzebuerger Stadmusek 1988, 
Roger Spautz Rendez-vous mit René Mertzig in Lëtzebuerger Journal 1980 no. 186 
Guy Wagner Luxemburger Komponisten heute Ed.PHI, Luxembourg, 1985 
Loll Weber: "Mes oeuvres, c&#039;est toute ma vie..." in: nos cahiers Lëtzebuerger Zäitschrëft fir Kultur, 1982/1